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Une voie pour elles - Mathilde Fouillard

CGI Season 1 Episode 7

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Bienvenue dans "Une voie pour elles", la série de podcasts qui met en lumière les parcours inspirants des femmes qui façonnent l’avenir du numérique au sein de CGI.

Dans chaque épisode, vous découvrirez des histoires uniques, des parcours, des défis et des réussites qui prouvent qu’il n’y a pas de limites quand on ose se lancer dans ce secteur.

Ces femmes passionnées, audacieuses et visionnaires partagent avec nous leurs expériences, leurs ambitions et leurs conseils pour prendre sa place dans un monde en constante évolution.

Alors c'est parti, installez-vous confortablement et écoutez-les ouvrir la voie.

Aujourd'hui, je reçois Mathilde Fouillard, Directrice Juridique - CGI

Lorraine

Bienvenue dans Une Voix pour Elle, la série de podcasts qui met en lumière les parcours inspirants des femmes qui façonnent l'avenir du numérique au sein de CGI. Dans chaque épisode, vous découvrirez des histoires uniques, des parcours, des défis et des réussites qui prouvent qu'il n'y a pas de limite quand on ose se lancer dans ce secteur. Ces femmes passionnées, audacieuses et visionnaires partagent avec nous leurs expériences, leurs ambitions et leurs conseils pour prendre sa place dans un monde en constante évolution. Alors c'est parti, installez-vous confortablement et écoutez Écoutez-les ouvrir la voix. Bonjour Mathilde, est-ce que tu peux te présenter s'il te plaît, nous dire ton prénom, ton nom, ton âge, d'où tu nous parles et depuis combien de temps tu es chez CGI ?

Mathilde

Bonjour Lorraine, moi c'est Mathilde Fouillard, j'ai 33 ans. Là, actuellement, je te parle de Carré Michelet. Du coup, je suis à Paris. À la base, originaire de Bretagne, donc j'ai quand même des liens avec la région. Et on en parlera, le boulot a fait que je me suis installée à Paris il y a dix ans et que je bosse Carré Michelet chez CGI. Moi, je suis arrivée chez CGI en 2017 après un stage chez un éditeur américain. Et donc, j'ai rejoint la direction juridique. À l'époque, en tant que juriste spécialisée en propriété intellectuelle et nouvelles technologies. Et donc, en fait, au sein de la direction juridique, le principe, c'est qu'on accompagne les opérationnels et les commerciaux dans la négociation de leurs contrats avec les clients. On les forme et puis on les accompagne aussi quand les choses commencent à moins bien se passer avec ces fameux clients pour tout ce qui est, finalement, rédaction de courrier, voire parfois aller jusque devant les tribunaux pour faire valoir les droits de CGI.

Lorraine

Très bien. Alors, contrairement à mes précédentes invités, tu ne fais pas partie des équipes qui font le cœur de métier de CGI. Donc, on viendra un peu plus en détail après sur ton métier en tant que tel et ce que ça veut dire que d'affaire du juridique dans une société informatique. Mais je ne peux pas m'empêcher de te poser la première question qui était pour revenir aux racines, quand tu étais enfant, quand tu étais en Bretagne, justement, quel était le métier qui te faisait rêver ?

Choix de carrière

Lorraine

?

Mathilde

Alors moi, depuis toute petite, je rêvais d'être écrivain. J'ai toujours été fascinée par les mondes imaginaires, la littérature. Je suis un petit rat de bibliothèque, on va dire ça. Et donc, j'ai vraiment commencé toute jeune à, entre guillemets, écrire des livres. Et puis finalement, tu vois, cette passion de l'écriture je pense que je l'ai un peu transformée dans le cadre de mes études ce qui a pu contribuer d'ailleurs au choix que j'ai fait de suivre des études de droit puisqu'on écrit quand même beaucoup et on rédige beaucoup et plus tardivement je dirais au lycée je me suis découverte une passion pour les langues étrangères à tel point que j'ai monté c'était pas une société mais une sorte d'association de traduction d'émissions télé japonaises. Je me suis vraiment pris de passion pour apprendre le japonais, le coréen, le chinois. Et je me suis dit que entre l'écriture et les langues étrangères, il y avait peut-être un métier qui pouvait être intéressant, c'était celui d'être diplomate, qui veut un peu tout et rien dire, quelque part. On ne sait pas vraiment ce qu'on y met derrière, mais ça me paraissait assez fascinant à l'époque. Et du coup, j'ai essayé de m'orienter un peu dans ces métiers-là. Comme beaucoup, j'ai tenté sciences j'ai pas réussi à l'époque ils avaient mis une épreuve de mathématiques qui m'a un petit peu mis dedans c'était pas non plus ma passion première et puis bah j'ai décidé un peu de me réorienter et comme mon père était magistrat j'avoue que je m'étais dit bon bah en fait c'est un métier qui peut être hyper intéressant le droit ça ouvre plein de choses il m'a un peu proposé d'aller dans ce cadre là, ces études Et je me suis dit que je pouvais essayer de voir si je ne trouvais pas un moyen de raccrocher derrière en faisant des études de droit, soit avec ma passion d'écrivain, soit avec le métier de diplomate, qui, encore une fois, n'avait pas trop de sens pour moi, parce que je ne savais pas vraiment ce qu'on y faisait. Mais... Mais je m'étais posé la question quand même d'aller dans la magistrature aussi, parce que c'est un peu le Graal quand tu commences les études de droit. Je pense que c'est un des métiers qui a le plus de sens finalement et qui est peut-être le plus reconnu, voire peut-être visible avec les avocats quand tu commences les études de droit. Mais j'avoue que je pense que le métier de magistrat, j'avais quand même la vision de mon père. Lui a été longtemps juge pour enfants. Ça m'avait quand même démontré que c'était hyper dur émotionnellement de travailler sur ces sujets-là. Et je voyais plein de copines. Parce que oui, ce qu'on ne s'est peut-être pas dit dès le début, c'est que dans le cadre des études de droit, tu as énormément de femmes, en fait. Une majorité d'étudiantes. Et je voyais finalement toutes ces femmes qui voulaient devenir juges pour enfants, alors que c'est un métier qui est, je pense, parmi les postes que tu peux avoir en tant que magistrat, un des pires, parce que justement tu vois évoluer et potentiellement mal évoluer des enfants et que tu peux pas t'empêcher finalement de comparer ça à toi aux gens que tu connais à tes propres enfants ce qui était le cas de mon père et du coup je pense que c'était hyper dur pour lui et il l'exprimait donc ça c'était plutôt sain aussi de pouvoir en parler avec lui et ça a fait que je me suis dit bon la magistrature peut-être pas tout de suite en étant aussi jeune tu vois je l'exclus pas peut-être un jour que j'y retourne tournerais. Mais aujourd'hui, je me suis plutôt dit que j'allais être juriste d'entreprise. Ça me paraissait le plus accessible et le plus intéressant aussi par rapport à ce que j'aimais par ailleurs.

Lorraine

Ok. Et dans les entreprises que tu ciblais à l'époque tu as commencé à chercher un travail, est-ce qu'il y a eu un petit aiguillon qui t'a mis sur la voie de l'informatique ou pas du tout ? C'est quelque chose qui est arrivé par hasard ou c'était une volonté de ta part ?

Mathilde

Alors, à la base, du coup, en licence, je me suis... un petit peu spécialisée, toujours dans cette optique, tu vois, comme je disais, je voulais être écrivain, de plutôt travailler dans les maisons d'édition. Et donc, il y avait une formation à Poitiers qui était magistère en droit des nouvelles technologies, qui permettait finalement de se spécialiser un petit peu en droit de la propriété intellectuelle et surtout droit d'auteur, ce qui était mon objectif premier. Et puis finalement, avec cette formation, et comme son nom l'indique très bien, on s'intéresse aux nouvelles technologies et on a appris à coder, On a appris tout ce qui était droit des brevets, droit des logiciels. On a appris plein de choses autour du droit du numérique, quelque part. Et je pense que, comme pour beaucoup de gens, ce qui a fait que je me suis plus orientée vers un secteur qu'un autre, au-delà de cette spécialisation dans le cadre de mes études, c'est le stage de fin d'année. Et donc, pour moi, avant, j'avais fait quelques stages en cabinet d'avocat, en maison d'édition. Et au retour de mon... "Erasmus", j'ai fait une année en Australie. Il fallait trouver ce fameux stage de six mois qui est un peu structurant pour la suite de ta carrière et qui lance un peu tes premiers pas dans le monde de l'entreprise et le monde du travail, je pense, de manière plus générale. Et puis, j'ai un peu galéré à trouver. J'ai envoyé beaucoup de CV à l'époque. Et puis, finalement, j'ai réussi à décrocher un stage chez un grand éditeur. Ça, c'était en 2016 et ça m'a permis finalement très vite de découvrir le monde du logiciel. Et plutôt grand éditeur américain, donc une façon de bosser qui est, je pense, assez particulière dans ce type de boîte. Avec la découverte d'un environnement ultra-technique, il fallait apprendre les produits, comment ils fonctionnaient, avec des contrats ultra-détaillés qui, finalement, étaient des contrats qui... qui étaient tellement spécialisés qu'ils étaient assez peu utilisables dans un autre milieu que celui de cet éditeur. Et donc, j'ai découvert des vocabulaires, des sigles un peu dans tous les sens. À la limite, on retrouve aussi ça chez CGI. Des nouvelles méthodes de travail. Et par contre, avec le recul aujourd'hui, une vision un peu particulière du métier de juriste. Parce que, et je pense, sans vouloir faire de générations réalité que c'est un peu le cas chez tous les éditeurs ils ont leur propre modèle de contrat et donc le principe c'est d'essayer d'éviter le plus possible à ce qu'il soit modifié et donc finalement du coup la négo de contrat que tu fais toi quand t'es juriste dans ce type de société c'est plutôt d'aller expliquer pourquoi ton contrat c'est le meilleur pourquoi il n'y a pas besoin de le changer quand tu travailles chez des ESN comme CGI. Le contrat, c'est la recherche d'un équilibre, c'est de la discussion, c'est de la modification de clause, du coup, pour trouver le meilleur équilibre entre les deux mondes, c'est-à-dire entre le client et puis entre l'ESN. Donc, c'était une façon de travailler qui était très différente, qui a été très enrichissante, mais qui était difficilement, on va dire, transposable dans une autre société, sauf à rester dans un milieu dédicteur, moi, Et en fait, mon manager de l'époque... qui avait encadré mon stage, est partie chez CGI. Et donc, m'a proposé, parce qu'il y avait un poste qui s'ouvrait en tant que juriste junior au sein de la direction juridique de CGI, de rejoindre CGI. Et comme je n'arrivais pas à décrocher de CDI, par ailleurs, je me suis dit que c'était vraiment une occasion en or. Donc, j'ai passé les entretiens.

Arrivée chez CGI

Mathilde

Ça s'est bien passé. Et du coup, j'ai pu rejoindre CGI en 2017. Et j'ai découvert une autre façon de bosser, clairement. Comme je disais, une autre façon de négocier des contrats, quelque chose qui était vraiment beaucoup plus technique d'un point de vue purement juridique. J'ai découvert une équipe qui accompagne énormément les juristes juniors, qui a vraiment une volonté de faire grandir les gens, qui met en place énormément d'outils pour accompagner les juristes juniors. Aujourd'hui, quand je recrute des juristes juniors ou que j'en encadre, je leur dis souvent que je trouve que Une des meilleures écoles pour apprendre la négociation contractuelle dans le monde du numérique, c'est GII, en fait. Parce qu'on a vraiment cette volonté de donner le plus de billes possible aux jurés juniors pour qu'ils puissent s'épanouir, pour qu'ils soient à l'aise avec les négociations. On les accompagne énormément. On a mis en place beaucoup d'outils. Et ça, je trouve ça... ultra important et enrichissant et c'est aussi ce qui fait que je suis ravie aujourd'hui d'accompagner, de faire partie de cette équipe désormais d'encadrement et d'accompagner les juristes juniors comme j'ai pu être accompagnée quand je suis arrivée chez CGI.

Lorraine

Au même titre que quand tu fais les études de droit, tu peux faire beaucoup de métiers ensuite, être juriste d'entreprise, j'imagine que tu peux faire beaucoup de choses différentes, management, de l'opérationnel, mais je crois qu'il y a un projet qui t'a marqué particulièrement dans ton parcours est-ce que tu peux m'expliquer pourquoi et comment ?

Mathilde

Alors moi le projet que je pense qui a été assez central dans mon évolution c'est un détachement que j'ai fait au Canada donc au siège j'ai pu aller remplacer une collègue qui partait en congé maternité donc là-bas le congé maternité c'est un an et donc plutôt que de recruter quelqu'un sur place pour une mission temporaire ils se sont dit ça pourrait être intéressant d'essayer de faire venir quelqu'un qui parle français c'est pour ça qu'ils avaient orienté la demande vers la direction juridique France pour la remplacer et faire une sorte d'échange et peut-être un partage un peu de de bons procédés on va dire entre les deux équipes parce que c'est vrai qu'on a pas nécessairement l'occasion de bosser beaucoup tous ensemble et du coup j'ai sauté sur l'occasion moi qui rêvais d'être diplomate tu vois je me suis dit super Je vais avoir mon expérience à l'international. Ça va être génial. Et donc, je suis partie. Je suis partie en février 2020. Vivre à Montréal. Vivre ma grande aventure. Mais bon, comme tout le monde, je pense, le sait. Ou alors, vraiment, c'est qu'il faut avoir été dans une grotte. Le Covid nous est tombé dessus un mois plus tard. Et donc là, j'avoue que ça va être... Un peu dur ce que je vais dire, mais l'expérience aurait pu virer au cauchemar, je pense. Parce que je me suis retrouvée, après trois semaines, heureusement j'avais trouvé un appartement, à arpenter les rues de Montréal, à découvrir mes nouveaux collègues, à découvrir le siège de CGI. J'avais quand même choisi un appartement qui n'était vraiment pas très loin pour pouvoir y aller à pied facilement. Je me suis retrouvée, comme à peu près tout le monde, en télétravail, ne connaissant quasi personne finalement au Canada. et j'avoue que ça a été très challengeant au début euh surtout qu'en plus, le Covid, au tout début, on ne savait pas vraiment ce que c'était, on ne connaissait pas les impacts. Je me suis dit, mais s'il m'arrive un truc, ou s'il arrive un truc à ma famille, comment je fais, comment je vais gérer, comment je rentre ? Et donc après, je pense, trois mois un peu difficiles, l'été est arrivé, les règles se sont un petit peu assouplies, parce qu'on ne pouvait vraiment quasi pas sortir. Moi, j'avoue, je ne sortais que pour faire mes courses, en fait. Donc ça devenait, je pense, hyper pesant. Je me suis dit, ce voyage, là, j'avais trois semaines de vacances sur l'été que j'ai planifié normalement avec toute ma famille qui venaient me voir. Je me suis dit, c'est pas grave, je vais quand même le faire toute seule. Je vais aller me balader dans le Québec et puis je vais découvrir ce nouveau monde. J'ai quand même beaucoup de copines qui m'ont dit, mais moi je n'aurais jamais osé partir faire trois semaines en solo, en road trip. Donc j'ai pris ce recul de me dire, en fait, tout le monde ne le ferait pas et ça c'est quand même assez dingue que tu aies eu le courage de le faire. Et donc je suis partie comme ça avec ma super voiture qui en plus déteste conduire en interrogeant un peu des collègues quelques années après ils m'ont quand même tous dit qu'il y avait eu la Mathilde d'avant et la Mathilde d'après et donc je pense que ça m'a vraiment enrichie et j'ai pris énormément de plaisir je pense que ça aurait pu mal tourner si j'avais pas eu ce courage qui m'a animée et qui a fait que je suis revenue, je suis devenue manager et je me suis réépanouie finalement au sein de CGI au bout de 4 ans t'aurais pu te dire que c'était aussi l'occasion un peu de bouger, de changer et je pense que ça a donné un nouvel élan à ma carrière chez CGI de pouvoir faire cet échange et donc pour ça je remercie les gens qui m'ont poussé à le faire et qui m'ont permis de le faire chez C GI.

Le management

Mathilde

Lorraine

Et justement à ton retour tu disais que tu étais devenue manager, et tu l'as évoqué aussi brièvement dans tes actions quotidiennes, dans ton métier de tous les jours. Qu'est-ce que ça t'apporte, ce rôle, aujourd'hui ?

Mathilde

Alors, moi, je pense que... Tu vois, je me posais la question, je me disais, c'était pas forcément... Je me destinais pas, tu vois, à encadrer des équipes. J'y avais jamais songé. Je pense qu'on y pense. Pas beaucoup, quand on est plus jeune, quoi. J'avais pas vraiment... Je m'étais pas imaginée à encadrer des équipes. Et en fait... J'adore transmettre, j'adore former. Je trouve ça fascinant de pouvoir apporter des connaissances nouvelles, des façons de travailler et de les voir ensuite appliquées par tes équipes. Là, moi, j'ai eu pas mal de départs récemment au sein de mon équipe et d'avoir des gens qui viennent te dire en disant « Demain, dans mon nouveau poste, Finalement, mon objectif, si je suis face à une difficulté, c'est de me dire comment aurait fait Mathilde. Je trouve ça assez fou, en fait. finalement, la reconnaissance aussi que ça peut t'apporter derrière. Donc, moi, ce que j'aime dans le management, c'est faire grandir. Donc, tu vois, de voir comme ça, je disais un peu tout à l'heure, mais les gens déployer leurs ailes, que ce soit idéalement chez CGI ou ailleurs, je trouve ça dingue et je pense que c'est ce qui fait que je considère que j'ai réussi dans mon travail. Donc, c'est... Ultra enrichissant. C'est pour ça que je continue à rester ici, parce que tu n'as pas tant que ça de postes non plus qui permettent le management qu'on a ici, chez CGI, au sein de la direction juridique. À nos âges, j'ai passé manager, j'avais... Ça, ça va être compliqué. J'avais 29 ans. C'est dur, ça, de prendre ce genre de recul. Et je sais que j'ai plein de copines dans d'autres boîtes qui n'ont pas encore eu cette possibilité de découvrir le management. Après, bon, encore une fois, le management n'est pas une fin en soi et tu peux faire plein d'autres choses, comme on le disait tout à l'heure, en tant que juriste. Pas nécessairement besoin de devenir manager. Mais en tout cas, moi, ça m'a vraiment... Ça m'a vraiment permis de m'épanouir aussi dans la suite de ma carrière et de découvrir que j'étais tout à fait capable de transmettre et d'accompagner d'autres personnes. Et d'ailleurs, ce qui est rigolo, je disais qu'il y avait pas mal de... de collaboratrice que t'es partie. Et l'une d'entre elles, au moment de faire son pot de départ, m'a fait remarquer, et j'avais jamais pris ce recul, que grâce à moi, elle avait découvert ce que c'était finalement qu'une équipe 100% féminine. Et c'est vrai qu'en fait, avec un peu de recul, je me suis rendue compte que moi, j'avais toujours managé des équipes femmes. Donc comme je disais, on est quand même plus de femmes dans le métier du juriste. On a quand même quelques hommes dans l'équipe. Mais c'était marrant finalement de se dire que c'est un truc qu'elle a remarqué et qu'elle met en avant dans son discours de départ. De se dire que c'était quand même ultra sain de se retrouver dans cette équipe 100% féminine. J'ai trouvé ça assez fort, finalement, de sa part. Et tu vois, aujourd'hui, alors ça évolue, mais je manage un homme pour la première fois et je trouve ça assez challengeant parce que c'est d'autres réflexes qui sont à mettre en œuvre. C'est... d'autres comportements que j'ai pas eu l'habitude de voir, qu'il faut un peu soit désamorcer, soit adresser. Et ça, bon, c'est intéressant aussi, parce que finalement, ça veut dire que je continue d'apprendre. Mais c'est pas... J'ai envie de dire que c'est pas facile, finalement, de switcher entre les deux. Je me dis qu'il y a une vraie différence sans vouloir faire d'amalgame ou de généralité. Mais moi, je constate qu'il y a une vraie différence entre manager une équipe féminine et manager une équipe mixte

Lorraine

Et justement tu parlais du début de ta carrière est-ce que toi t'as déjà eu l'impression de ne pas être à ta place ou est-ce que t'as déjà évolué dans des environnements justement t'étais en minorité et comment tu l'as

La place des femmes dans l'IT

Lorraine

vécu ?

Mathilde

Oui, alors, tu as tout le questionnement sur qu'est-ce que c'est d'être à sa place ou pas à sa place. Mais moi, vraiment, tu vois, ce qui m'a marquée en arrivant chez CGI, je pense, et ça a évolué quand même depuis, c'est ce côté, si au sein de la direction juridique, on était plus de femmes, cela n'empêche que dans les réunions auxquelles il fallait participer en tant que juriste pour accompagner les commerciaux, En fait, c'était essentiellement des hommes. Éventuellement, côté finance, il y avait des femmes. Et donc, souvent, j'avais le droit, en arrivant en réunion, à un « bonjour messieurs », qui était un peu dur, quand tu te retrouves à être la seule femme autour du call. Ou autour de la table, ça m'est arrivé quand même dans une salle. Donc ça, j'ai trouvé ça assez dur et ça m'a marquée. C'était devenu un truc dont on parlait entre juristes en se disant quand même, tu te rends compte ? Même pas capable de me dire bonjour à moi. Et ça, vraiment, j'ai tendance à penser que c'était... C'était pas nécessairement parce que j'étais une femme, même si, bon, c'est pas impossible quand même qu'il y ait eu une petite misogynie. Mais plus parce que j'étais jeune et peut-être un peu plus, et c'est hyper dur ce que je veux dire, mais transparente quelque part. Je trouve qu'effectivement, dans la mesure j'étais assez discrète, on avait peut-être tendance à m'ignorer plus. Et donc, ça après, savoir si t'es parce que j'étais discrète et une femme. Ou juste que c'était le caractère qui faisait ça, je ne sais pas. Mais c'est vrai que j'ai pu constater, en tout cas, et je le vois aussi avec mes juristes plus juniors, il y a une petite tendance à remettre en cause des éléments qui peuvent être présentés par une jeune femme versus... si moi je dis exactement la même chose du coup avec ma position de manager ou de directrice ça va tout de suite être plus facilement pris en compte par les équipes en face et ça je pense que c'est un sujet pour avoir beaucoup échangé avec mes équipes sur ça c'est un sujet un peu global chez les femmes en fait je pense qu'on se sent souvent moins légitime à demander des promotions, à demander des augmentations. où, et désolée pour la généralité, mais je constate que les hommes se mettent quand même vachement plus en avant, et comme je disais, mes équipes font des feux d'artifice, des choses du quotidien que nous on considère comme étant normales et attendues du poste, et donc on ne viendrait pas essayer de les mettre plus en avant que ça. J'ai eu la situation il n'y a pas si longtemps, finalement on m'a présenté comme une réussite assez exceptionnelle, quelque chose qui était dans la fiche de poste, pour essayer de justifier une promotion ou une demande d'augmentation. Je trouve ça assez fou qu'on se mette, alors je pense que c'est la société et l'éducation qu'on a eue qui joue, mais qu'on se mette des barrières nous-mêmes, les hommes nous en mettront déjà de base, donc arrêtons de nous rajouter des barrières supplémentaires. Parce que c'est dommage qu'on fait autant. Et vraiment, je me suis dit, et je l'ai redit à quelques femmes dans l'équipe, de... pas hésiter à faire plus de, je vais reprendre mon expression, mais de feu d'artifice de notre quotidien, parce qu'en fait, nous aussi, on fait très bien notre travail et on ne le met pas suffisamment en avant. Et donc, il faut qu'on arrête de se mettre ce plafond-là et qu'on le fasse exploser avec nos feux d'artifice. C'est une bonne image, j'aime bien.

Lorraine

Et à l'inverse, est-ce que tu penses qu'être une femme peut être un atout dans le secteur dans lequel on travaille ? Clairement. Et tu vois, de plus en plus, je pense qu'on a des façons différentes de fonctionner, d'interagir avec les autres. Peut-être une façon plus construite et nuancée, tu vois, de prendre certaines décisions. Alors là, je fais des généralités parce que je pense qu'il y a des exceptions et qu'il y a des femmes qui peuvent être dans l'action tout de suite sur la prise des décisions. je trouve que les hommes le sont de manière particulière. plus générale, on va dire. Donc je pense que oui, finalement, alors comme je disais, moi, côté juridique, on est quand même une majorité de femmes, donc j'ai envie de te dire évidemment que dans le monde des juridiques, c'est un atout d'être une femme. Dans le monde du numérique, je pense que surtout sur les postes de direction, c'est un vrai avantage à essayer de rétablir un équilibre, en fait. Et... Et je pense que c'est quand même en bonne voie. Parce que je constate en 8 ans chez CGI qu'il y a quand même un peu plus de femmes à des postes de direction. Pour autant, je vois aussi qu'on ose plus certaines critiques envers ces femmes-là. notamment sur l'apparence, sur la façon de s'habiller, je suis intimement persuadée qu'on n'oserait pas faire les mêmes commentaires vis-à-vis des hommes qui sont au même poste. Je trouve ça assez fou. Ça revient un peu à cette discussion sur la place de la femme au sein de la société, au sein du numérique. On trouvera toujours les moyens de décrédibiliser la femme, ce que je trouve vraiment dommage et ce que je pense qu'il faut combattre. Pour autant, tu vois, je dis ça... je pense quand même qu'on peut parfois être notre pire ennemi, et je constate qu'il y a énormément de ces commentaires qui sont aussi émis par des femmes. Donc, finalement, on fait un peu ce monde blanc-noir entre femmes et hommes, mais au final, parfois, on manque de sororité, et c'est dommage, parce qu'on est déjà dans une société le patriarcat fait qu'on est à quand même un petit peu en opposition avec les hommes. Et on arrive, en plus de ça, à s'auto-saboter dans notre quête d'équilibre. Ce que je trouve un peu dommage. Et je pense qu'effectivement, il faut arrêter de, encore une fois, nous mettre nous-mêmes nos barrières. Et... et croire en nous, avoir confiance en nous, c'est ce que je répète pas mal à mes juristes juniors, vous êtes tout aussi capable d'être à la place à laquelle vous êtes. Quand vous vous retrouvez dans une réunion sur un sujet contractuel, vous êtes les sachantes sur le sujet. Et donc même si vous avez une armée d'hommes en face de vous, ils ne sont pas juristes, et vous êtes tout à fait légitime à prendre votre place et à asseoir votre position, et ils n'ont rien à dire là-dessus. Et donc, je pense qu'il y a vraiment un sujet de confiance en soi et de croire en ses capacités. Ça se développe, la confiance en soi. Donc, il faut continuer à développer pour s'assurer derrière qu'on arrive, et là, ça reboucle avec la question précédente, mais à trouver notre place et que ce soit la bonne place. Parce qu'en fait, on n'a pas à être relégué à des postes moins importants. On a tout à fait notre... Notre carte à jouer sur des postes équivalents aux hommes, il n'y a aucune différence, à mon sens, aucune différence à avoir. Et cette confiance en soi que tu cites, je pense que c'est quelque chose que tu peux développer dès le début, dès qu'on vient au monde. Ce n'est pas toujours facile quand on est une petite fille. Si tu pouvais parler à la petite toi, qu'est-ce que tu lui dirais ?

Mathilde

Je pense que je lui dirais deux choses. La première, c'est de profiter parce que la vie, elle est courte. et l'autre chose que je me dirais et que je me dis je pense un peu tous les jours parce que c'est important c'est un mantra à se répéter il ne faut pas se mettre de barrière tout est possible on est autant capable que les hommes d'y arriver et donc je pense vraiment que de base la société nous met déjà suffisamment de barrières donc il faut qu'à minima nous on ait suffisamment confiance en nous et qu'on ne se qu'on ne se mette pas de limites. Et tu vois, je me faisais cette réflexion parce que j'ai ma petite sœur qui, je pense, est un brin au bord du burn-out. Et elle, elle n'est pas du tout juriste. Elle bosse plutôt dans le marketing. Et ben, voilà, la société fait qu'elle en a marre, qu'elle trouve hyper dur le monde de l'entreprise. Et elle réfléchissait à se reconvertir complètement Elle va partir vraiment vers autre chose. Et parmi les choses qu'elle avait envisagées, c'était de plombier ou d'électricien. Et pourquoi pas, en fait, arrêtons de nous mettre des barrières. Et en en parlant avec des collègues, la première réaction... quand j'ai expliqué ça, en disant « c'est cool, en vrai, de se dire qu'on est capable de se reconvertir et de partir dans vraiment complètement autre chose », ça a été de me dire « mais quelle horreur, c'est un métier d'homme, ça, ça va être hyper dur pour elle ». Et je me suis dit « mais il faut qu'on arrête de se dire qu'il y a des métiers d'hommes et des métiers de femmes, on revient vraiment des années dans le passé et je ne suis pas d'accord avec ça, en fait. À mon sens, on est capable, l'un comme l'autre, homme ou femme, de faire exactement les mêmes métiers et Et il faut qu'on arrête, encore une fois, de se mettre ces fichus barrières, en disant « Non, je ne peux pas faire ça, parce que c'est plutôt un métier d'homme. » Et donc, finalement, je pense que il faut qu'on déconstruise les stéréotypes qu'on se met et qu'on entretient tous, mais qui sont aussi entretenus par les médias et la société de manière générale, et qu'on se dise qu'en fait, on est égaux. On est autant capables les uns que les autres, mis à part le fait d'avoir des enfants qui, à ce stade est plutôt uniquement chez la femme. Mais bon, je ne préjuge pas de ce que pourra faire la science dans le futur. Et sinon, en fait, on est exactement pareil et on a les mêmes capacités. Et voilà, il faut qu'on se dise que tout est possible et qu'on peut y arriver.

Lorraine

Et ces barrières qui tombent, elles tombent souvent quand on a des exemples de l'autre côté qu'on peut suivre. Est-ce que toi, tu as des rôles modèles que tu as envie de nous partager, qui t'ont inspiré ou qui t'inspirent toujours ?

Mathilde

Moi, dans mes... Le concept de rôle modèle, il est important pour moi et surtout, il est important dans mon quotidien. Donc finalement, je n'ai pas tellement des gens ultra connus qui vont m'inspirer, même si forcément qu'il y en a un petit peu. Mais moi, je vais avoir des gens dans mon équipe ou qui étaient dans mon équipe qui m'ont tout de suite... donner cette envie d'avancer et d'être comme elle. Et il y en a quelques-unes de ces femmes-là à la direction juridique de CGI. Et je trouve ça hyper important pour continuer d'avancer et avoir envie de rester aussi au sein d'une équipe aussi longtemps, de se dire que t'es accompagnée et t'es mentorée par ce type de femmes qui, justement, font que tu as envie de croire que tout est possible. Et donc ça, c'est ultra enrichissant et je ne les remercierai jamais assez de toute la confiance qu'elles ont pu m'apporter jusqu'à maintenant. Et l'autre aspect que j'ai trouvé intéressant chez CGI, c'est via l'effet A, qui est une formation pour accompagner justement les femmes dans le management, et de découvrir, voilà, enfin, de déconstruire un peu les stéréotypes et de savoir mieux se positionner, il faut intervenir pas mal de gens de l'extérieur, des femmes essentiellement, il n'y a pas que des femmes. Et dans le cadre de cette formation, j'ai pu échanger avec Sophie Brochu, qui est une ancienne présidente d'Hydro-Québec et qui, je trouve, est ultra inspirante dans la façon dont elle présente son parcours parce que, ben voilà, elle est partie commerciale un peu lambda, et elle est arrivée à la tête d'une des plus grosses sociétés du Québec. Et elle ne s'est pas démontée, et elle a cru que c'était possible, et elle ne s'est pas non plus laissée faire par les stéréotypes qui étaient de se dire « non, c'est un poste d'homme, une femme ne devrait pas être à cette place-là ». Et en fait, j'ai trouvé ça ultra inspirant dans ce côté, tu vois, tout est possible, il faut croire en soi avant tout, d'avoir ce type de témoignage. C'est Ça te donne envie, encore une fois, d'avancer et de tout donner pour peut-être un jour atteindre ce type de poste.

Lorraine

Et justement, si tu devais donner un conseil aux jeunes femmes qui hésitent encore à se lancer dans le numérique, qu'est-ce que tu pourrais leur dire pour qu'elles deviennent des Sophie Brochu ou des managers de Mathilde Fouillard qui l'ont inspirée ?

Mathilde

Je leur dirais, croyez en vous. Allez-y. En fait, ne vous mettez aucune barrière. Comme je disais, la société, elle s'en chargera déjà pour nous. En tout cas, pour l'instant. Donc, arrêtons nous-mêmes de nous en mettre. On est capables de tout faire. Dans le monde du numérique, tu vois, il y a... Il y a plein de possibilités, il y a plein de postes, il y a plein de choses. Et on a besoin de tout le monde et de toutes les compétences. Et tout le monde, que ce soit homme ou femme d'ailleurs, a quelque chose à apporter. Donc il faut croire en soi. Il faut développer cette confiance en soi qui nous manque cruellement. Et avancer comme ça. Il y a de la place pour tout le monde. Il faut surtout arrêter de se mettre des barrières.

Lorraine

Parfait, c'est le mot de la fin, Mathilde. C'est la fin de cet épisode. Si vous l'avez apprécié, n'hésitez pas à le partager et restez connectés. On se retrouve très vite pour un nouvel épisode d'Une voie pour elles.